mardi 31 juillet 2007
Les indiens attaquent!
Par Josse Roussel, mardi 31 juillet 2007 à 15:02 :: Entreprise
De nombreuses rumeurs faisant état d’un possible rachat de Cap Gemini, une société de services et d’ingénierie informatique, se sont répandues dans la presse économique ces dernières semaines. La SSII française a démenti tout rapprochement avec Infosys. C’est en effet cette société indienne qui était la favorite des pronostics des analystes. Et oui, le fleuron français des services informatiques, un des hérauts de l’économie de la connaissance, fusionnant avec une société indienne ! On se souvient du traumatisme qu’a engendré la fusion entre Arcelor et Mittal dans la classe politique française et dans certains cercles patronaux. On imagine le tollé qu’un tel rapprochement ne manquerait pas de provoquer dans un pays où le patriotisme économique et le néo-colbertisme sont encensés comme des valeurs d’avenir.
Quoi qu’il en soit, l’agitation médiatico-financière autour de Cap Gemini a permis de révéler la montée en puissance des SSII indiennes dans la cour des grands des services informatiques. Le tableau suivant le met parfaitement en évidence.

On observe en effet une disparité de valorisation très importante entre les SSII européennes et nord-américaines, d’une part, et leurs homologues indiens, de l’autre ; notamment si l’on s’en tient aux multiples de chiffre d’affaires. Ainsi, Infosys est valorisé à près de 10 fois son chiffre d’affaires, Tata (TCS) et Wipro, deux autres SSII indiennes sont valorisées à près de 7 fois leurs chiffres d’affaires. Le contraste avec les sociétés de services et d’ingénierie informatique européennes et nord-américaines est saisissant : elles génèrent une valorisation boursière comprise entre 0.5 fois et 1.5 fois le chiffre d’affaires !
Comment peut-on expliquer une telle disparité de valorisation entre des sociétés concurrentes ? Les SSII indiennes sont aujourd’hui en pleine croissance. Les valorisations actuelles intègrent ainsi des perspectives d’expansion exceptionnelles pour ces sociétés issues d’un des pays émergents les plus dynamiques. Cette croissance est renforcée par un avantage compétitif incontestable : ces nouveaux géants des services informatiques s’appuient sur un capital humain tout aussi qualifié que leurs concurrents européens et nord-américains (à l’exception de quelques services et applications de pointe), c’est-à-dire un capital humain dont le potentiel de création de valeur est équivalent aux champions occidentaux de l’informatique. Il y a cependant une différence de taille : le capital humain des SSII indiennes est beaucoup moins coûteux ! Fort de cet avantage coût considérable, ces sociétés sont aujourd’hui bien placées pour faire la course en tête dans un secteur en plein bouleversement.
Bien entendu, les SSII occidentales réagissent en externalisant dans les pays à bas coût de main d’œuvre une partie grandissante de leur activité. Ce marché de l’offshoring dans les services informatiques est promis à un très bel avenir : selon le cabinet d’étude Forrester Research plus de 3 millions d’emplois seront délocalisés d’ici à 2015. Le phénomène est déjà largement engagé puisque IBM Global Services, le leader mondial des services informatiques, dispose de plus de 40000 employés en Inde. La dynamique des délocalisations va accélérer la diffusion des compétences et des savoirs à destination des pays émergents y compris dans les domaines de pointe aujourd’hui chasses gardées des majors de l’informatique. Ainsi, un marché mondialisé du capital humain émerge donnant naissance à un secteur des services informatiques globalisé en pleine mutation. Dans ce nouvel environnement concurrentiel, Cap Gemini saura-t-il tirer son épingle du jeu ?
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