« Il n’est de richesse que d’hommes » Jean Bodin

Le blog du

           capital humain


mercredi 31 octobre 2007

Synthèse de la première journée ebs du capital humain du 25 octobre 2007 organisée au CNIT Paris La Défense.

Cette première journée ebs (European Business School) du capital humain a réuni plusieurs intervenants issus du monde académique et de l’entreprise : Madame Brigitte Dormion, Directrice de la gestion des cadres et de la diversité, Sodexho ; Madame Céline Fromage, responsable ressources humaines, KPMG ; Monsieur Alain Chamak, Directeur associé, KPMG ; Monsieur Alexandre Guillard, Directeur de projets, direction de l’innovation et de l’organisation, CNP Assurances; Monsieur Alain Piveteau, Directeur de JA Conseil, Président de l'Association des Diplômés de l'EBS et Monsieur Josse Roussel, chercheur à l’EBS – European Business School – Paris.

Quatre conférences suivies de débats et discussions riches et animés ont permis de montrer la diversité des facettes que recouvre le concept de capital humain. Ce dernier est un champ de recherche fécond mais également un enjeu majeur pour les politiques d’entreprise qu’il s’agisse des ressources humaines, des fusions acquisitions ou du pilotage de la performance.

L'intervention de Madame Brigitte Dormion, consacré à l'impact de la diversité sur la motivation, a tout particulièrement retenu notre attention.

Cette intervention a dans un premier temps mis en avant la politique de gestion de la diversité développé par Sodexho pour l’illustrer ensuite au moyen d’une vidéo décrivant la politique d’insertion des handicapés pratiquée par ce géant de la restauration collective.

La gestion de la diversité selon Brigitte Dormion est inscrite de longue date dans les politiques de développement des ressources humaines de l’entreprise. Aujourd’hui, elle constitue un axe stratégique majeur. La diversité est une notion qui recouvre une…diversité de situations et de problématiques. De manière concrète, il s’agit de faciliter l’emploi et la promotion de catégories spécifiques de la population comme les femmes, les minorités ethniques, les handicapés. Ainsi, la diversité se conjugue avec la parité lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes des promotions de carrière aux femmes. Sodexho s’emploie activement à corriger l’insuffisante représentation des femmes au sein de l’encadrement de l’entreprise alors qu’elles constituent plus de la moitié de l’effectif total du groupe. A cette aune, Sodexho est l’une des grandes firmes les plus avancées. Sa notation flateuse sur les dimensions sociales, sociétales et environnementales l’atteste clairement.

Cet activisme en matière de diversité ne se limite pas à promouvoir la parité : des efforts tout aussi important sont déployés pour favoriser l’emploi des minorités visibles et leur accès à des parcours de carrière valorisants. Sodexho est également consciente de sa responsabilité vis-à-vis des personnes souffrant d’un handicap puisque des programmes ambitieux favorisant l’accès de ces salariés pas tout à fait comme les autres à l’emploi ont été mis en œuvre. C’est ainsi qu’une vidéo d’une grande sobriété a été présentée pour illustrer cet aspect de la politique de gestion de la diversité. Le parcours émouvant de certains salariés nous rappelle à quel point le travail constitue une valeur essentielle dans notre société. Pour les handicapés, c’est également un défi contre l’adversité et un message de courage et d’optimisme qu’ils envoient aux valides : travailler est aussi un moyen de s’accomplir.

Ainsi, la diversité, si elle constitue une manifestation de la responsabilité sociale de l’entreprise, est également un levier de motivation et par là d’efficacité. C’est l’autre intérêt majeur de l’intervention de Brigitte Dormion que de nous avoir démontré que la diversité est un facteur de motivation. Certes, les équipes « diverses » nécessitent un temps de rodage plus long mais très vite se révèlent plus innovantes et productives. La diversité, par l’apprentissage mutuel qu’elle engendre, est ainsi un puissant levier de motivation du capital humain et de performance.

mardi 31 juillet 2007

Les indiens attaquent!

De nombreuses rumeurs faisant état d’un possible rachat de Cap Gemini, une société de services et d’ingénierie informatique, se sont répandues dans la presse économique ces dernières semaines. La SSII française a démenti tout rapprochement avec Infosys. C’est en effet cette société indienne qui était la favorite des pronostics des analystes. Et oui, le fleuron français des services informatiques, un des hérauts de l’économie de la connaissance, fusionnant avec une société indienne ! On se souvient du traumatisme qu’a engendré la fusion entre Arcelor et Mittal dans la classe politique française et dans certains cercles patronaux. On imagine le tollé qu’un tel rapprochement ne manquerait pas de provoquer dans un pays où le patriotisme économique et le néo-colbertisme sont encensés comme des valeurs d’avenir.

Quoi qu’il en soit, l’agitation médiatico-financière autour de Cap Gemini a permis de révéler la montée en puissance des SSII indiennes dans la cour des grands des services informatiques. Le tableau suivant le met parfaitement en évidence.




On observe en effet une disparité de valorisation très importante entre les SSII européennes et nord-américaines, d’une part, et leurs homologues indiens, de l’autre ; notamment si l’on s’en tient aux multiples de chiffre d’affaires. Ainsi, Infosys est valorisé à près de 10 fois son chiffre d’affaires, Tata (TCS) et Wipro, deux autres SSII indiennes sont valorisées à près de 7 fois leurs chiffres d’affaires. Le contraste avec les sociétés de services et d’ingénierie informatique européennes et nord-américaines est saisissant : elles génèrent une valorisation boursière comprise entre 0.5 fois et 1.5 fois le chiffre d’affaires !

Comment peut-on expliquer une telle disparité de valorisation entre des sociétés concurrentes ? Les SSII indiennes sont aujourd’hui en pleine croissance. Les valorisations actuelles intègrent ainsi des perspectives d’expansion exceptionnelles pour ces sociétés issues d’un des pays émergents les plus dynamiques. Cette croissance est renforcée par un avantage compétitif incontestable : ces nouveaux géants des services informatiques s’appuient sur un capital humain tout aussi qualifié que leurs concurrents européens et nord-américains (à l’exception de quelques services et applications de pointe), c’est-à-dire un capital humain dont le potentiel de création de valeur est équivalent aux champions occidentaux de l’informatique. Il y a cependant une différence de taille : le capital humain des SSII indiennes est beaucoup moins coûteux ! Fort de cet avantage coût considérable, ces sociétés sont aujourd’hui bien placées pour faire la course en tête dans un secteur en plein bouleversement.

Bien entendu, les SSII occidentales réagissent en externalisant dans les pays à bas coût de main d’œuvre une partie grandissante de leur activité. Ce marché de l’offshoring dans les services informatiques est promis à un très bel avenir : selon le cabinet d’étude Forrester Research plus de 3 millions d’emplois seront délocalisés d’ici à 2015. Le phénomène est déjà largement engagé puisque IBM Global Services, le leader mondial des services informatiques, dispose de plus de 40000 employés en Inde. La dynamique des délocalisations va accélérer la diffusion des compétences et des savoirs à destination des pays émergents y compris dans les domaines de pointe aujourd’hui chasses gardées des majors de l’informatique. Ainsi, un marché mondialisé du capital humain émerge donnant naissance à un secteur des services informatiques globalisé en pleine mutation. Dans ce nouvel environnement concurrentiel, Cap Gemini saura-t-il tirer son épingle du jeu ?

vendredi 27 juillet 2007

Le capital humain est coté en bourse!

En cette période de soubresauts et d’inquiétudes sur les marchés financiers, les spéculations vont bon train. Certains envisagent déjà que les corrections auxquelles nous assistons en cette période estivale sont les prémisses d’un krach de grande ampleur à l’instar de celui qui a secoué l’économie américaine puis mondiale en 1929. Ces prophéties sont certainement excessives. Cependant, le fonctionnement des marchés financiers semble structurellement affecté, depuis le début des années 80, par une logique de bulle spéculative. A une période d’expansion des cours généralisé succède une correction brutale, un krach, qui lui-même donne naissance à une nouvelle période d’expansion des marchés. Ainsi, les krachs de 1987, 2000 et 2007 ( ?) ont ponctué la formidable marche en avant des marché financiers et notamment des marchés actions. Si l’on met souvent en avant, à juste raison, une création de masse monétaire excessive comme l’un des principaux facteurs explicatifs du phénomène de bulle – la masse monétaire alimenterait ainsi un phénomène d’inflation des actifs à l’instar de l’immobilier et des actions notamment -, il convient de mettre l’accent sur un autre élément : la place croissante des actifs immatériels au sein des entreprises.

En effet, sur la même période, l’écart entre la valeur de marché et la valeur comptable s’est considérablement accru. A la fin des années 1970, la valeur de marché (valeur de l’entreprise en bourse) était égale voire légèrement supérieure à la valeur comptable. Aujourd’hui, la valeur de marché d’une entreprise est en moyenne trois fois plus importante que la valeur comptable. Comment expliquer pareille évolution ? Les actifs immatériels intangibles (non pris en compte dans le bilan des entreprises), et notamment le capital humain et organisationnel, sont aujourd’hui un levier de création de richesse essentiel. Dans certains secteurs, au rang desquels la publicité et les services informatiques figurent en bonne place, le capital humain est le facteur clé de la réussite pour l’entreprise. On remarque d’ailleurs que dans ces secteurs la valeur de marché peut être 10 à 12 fois plus importante que la valeur comptable !

Quelles sont les conséquences de l’importance croissante du capital humain dans le processus de création de valeur des entreprises ? L’analyse des comptes devient de moins en moins pertinente pour cerner la valeur d’une entreprise puisque le capital humain et organisationnel, vecteurs essentiels de création de valeur, en sont absents. L’évaluation d’entreprise est devenue périlleuse et incertaine et ce de manière structurelle. Valoriser une entreprise est de plus en plus un pari fondé sur des documents financiers et comptables négligeant ce qui est le plus important dans de nombreux métiers des services : le capital humain. Des indicateurs permettant d’appréhender les actifs immatériels intangibles et notamment le capital humain sont à l’évidence indispensables pour mieux valoriser les sociétés et ce faisant, rendre les marchés financiers plus efficients.

jeudi 19 juillet 2007

Capital humain et santé: un lien sous-estimé

La plupart des réflexions relatives au capital humain analysent le rôle clé joué par les connaissances, compétences et expertises : pour développer le capital humain des individus, il faut investir dans les connaissances et compétences. Si nous souscrivons à cette vision, il convient toutefois de mettre l’accent sur le rôle crucial que joue la santé en matière de capital humain. A quoi bon miser sur la connaissance si l’état sanitaire de la population n’est pas satisfaisant ? Des individus en mauvaise santé sont moins productifs et créatifs. Si dans les pays en développement la situation sanitaire est parfois dramatique au point de fragiliser la ressource essentielle de la croissance, c’est-à-dire le capital humain ; l’essor de la malbouffe et de la sédentarité sont des vecteurs de nouvelles pathologies dans les pays les plus riches : obésité, maladies cardiovasculaires, diabète gras, etc. Ces « épidémies » de la modernité fragilisent le socle fondamental sur lequel repose le capital humain : la santé, au risque de réduire le potentiel de croissance. Un accès aux soins de qualité ainsi qu’une médecine performante et efficace ne peuvent à eux seuls suffire : c’est bel et bien une hygiène de vie plus saine qu’il faut appeler de nos vœux. Hygiène de vie qu’il faut dès lors considérer comme un investissement en capital santé et donc en capital humain.

jeudi 12 juillet 2007

Capital humain et réforme des universités

Capital humain. Vous avez dit capital humain ?! Comment est-il possible d’associer de tels mots. Et pourtant, conjuguer le capital et l’humain n’est pas contraire à la grammaire éthique. Bien au contraire. Evoquer le capital humain c’est prendre conscience du simple fait suivant : tout processus de création de richesse repose in fine sur l’homme. L’idée n’est pas neuve, mais l’époque a changé. Aujourd’hui, nous entrons dans une économie de la connaissance qui repose de plus en plus sur la capacité des individus à concevoir, à créer, à apporter un service. La créativité, l’expertise, le talent sont désormais les ingrédients indispensables de la croissance. La prospérité est peut-être au coin de la rue ! A condition d’investir dans le capital humain. La réforme de l’Université témoigne de cette prise de conscience. Elle doit permettre au plus grand nombre d’entrer avec succès dans l’économie de la connaissance. Le drame de l’Université c’est qu’elle ne peut correctement remplir cette mission essentielle et ce pour un certains nombres de raisons : dotation financière insuffisante, gouvernance lourde et paralysante, manque d’autonomie…De trop nombreux étudiants se retrouvent dès lors dotés d’un capital humain peu adapté aux exigences d’un marché du travail concurrentiel. Il en résulte des difficultés d’insertion professionnelle importantes, beaucoup de frustration et le constat du gaspillage de l’une de nos ressources les plus précieuses : la jeunesse.